La construction seguir + gérondif en espagnol permet d’exprimer qu’une action se poursuit au moment dont on parle. Elle occupe une place précise dans le système des périphrases verbales aspectuelles de l’espagnol, aux côtés de estar, llevar ou continuar + gérondif. Comprendre son fonctionnement, c’est d’abord distinguer ce qu’elle marque exactement : non pas un temps verbal, mais un aspect duratif, c’est-à-dire la présentation d’une action dans son déroulement continu.
Seguir + gérondif : formation et conjugaison de l’auxiliaire
Le verbe seguir est irrégulier au présent de l’indicatif. Son radical change selon la personne, ce qui entraîne une erreur fréquente chez les apprenants qui le conjuguent comme un verbe régulier.
- Sigo (je continue) : forme de première personne, radical en sig-. Exemple : Sigo aprendiendo (je continue d’apprendre).
- Sigues, sigue, siguen : même radical modifié pour les deuxième et troisième personnes du singulier et la troisième du pluriel. Exemple : ¿Sigues viviendo en París? (tu continues à habiter Paris ?).
- Seguimos, seguís : formes dites « nosotros » et « vosotros », qui conservent le radical segu-. Exemple : Seguimos trabajando (nous continuons à travailler).
Le gérondif de seguir lui-même est siguiendo, forme qu’on rencontre quand ce verbe est employé comme auxiliaire d’un autre verbe à l’intérieur d’une périphrase composée. Il ne faut pas confondre sigo (auxiliaire conjugué) et siguiendo (gérondif de seguir).
Le gérondif du verbe principal ne s’accorde pas : trabajando, hablando, viviendo restent invariables quel que soit le genre ou le nombre du sujet.
Ce que seguir + gérondif exprime : continuité et aspect duratif
Cette périphrase ne renseigne pas sur le moment où l’action a commencé ni sur celui où elle se terminera. Elle indique uniquement que l’action est en cours de déroulement au moment de référence. C’est ce qu’on appelle l’aspect duratif : Seguimos esperando signifie que l’attente se poursuit, sans préciser depuis combien de temps.
Un point que les manuels signalent rarement : la continuité n’implique pas nécessairement l’absence d’interruption. L’exemple Luego de parar unos minutos, el tren siguió avanzando (après s’être arrêté quelques minutes, le train continua d’avancer) montre que la périphrase peut marquer une reprise après une pause, et pas seulement une action qui n’a jamais cessé. Le contexte détermine l’interprétation.
Seguir + gérondif se conjugue à tous les temps : présent (sigo estudiando), imparfait (seguía lloviendo), prétérit indéfini (siguió lloviendo), futur (seguirá trabajando), conditionnel (seguiría esperando), subjonctif (espero que sigas intentándolo). L’aspect duratif reste le même quel que soit le temps de seguir.

Seguir vs estar + gérondif : deux constructions, deux nuances
Les deux périphrases expriment une action en cours, mais elles ne se substituent pas l’une à l’autre.
Estar + gérondif (par exemple estoy trabajando) marque l’action en train de se faire au moment précis de l’énonciation. Elle répond à la question « que se passe-t-il maintenant ? ». Seguir + gérondif ajoute une dimension de continuité : l’action se prolonge, elle était déjà en cours avant. Sigo trabajando ne se contente pas de dire « je travaille en ce moment », il dit « je travaille, et c’est encore le cas ».
En pratique, cette nuance apparaît nettement dans des contextes de mise à jour : ¿Estás trabajando? demande ce que tu fais maintenant, ¿Sigues trabajando? demande si tu travailles toujours (sous-entendu : comme avant, malgré quelque chose qui aurait pu changer).
Continuar et llevar + gérondif : les périphrases proches
Continuar + gérondif est le synonyme le plus direct de seguir + gérondif. Les deux constructions sont souvent interchangeables : continúa lloviendo et sigue lloviendo signifient la même chose. Continuar appartient cependant à un registre légèrement plus soutenu et se rencontre davantage à l’écrit.
Llevar + gérondif fonctionne différemment : elle intègre une durée explicite. Llevo tres horas esperando (j’attends depuis trois heures) ne dit pas seulement que l’action se poursuit, mais depuis combien de temps elle dure. Cette construction n’est donc pas un simple équivalent de seguir : elle répond à une question différente.
Un tableau permet de visualiser les différences entre ces trois périphrases :
| Construction | Ce qu’elle exprime | Exemple |
|---|---|---|
| seguir + gérondif | Action qui se poursuit (continuité) | Sigue lloviendo (il continue de pleuvoir) |
| estar + gérondif | Action en train de se faire (instantané) | Está lloviendo (il est en train de pleuvoir) |
| continuar + gérondif | Continuité, registre plus soutenu | Continúa lloviendo (il continue de pleuvoir) |
| llevar + gérondif | Durée explicite depuis un moment donné | Lleva horas lloviendo (il pleut depuis des heures) |
Pièges fréquents pour les francophones avec seguir
Le premier réflexe d’un francophone est de traduire « continuer à » par seguir + infinitif, sur le modèle de continuer à travailler. En espagnol, seguir n’accepte pas l’infinitif : on dira sigo trabajando et non sigo trabajar. Cette contrainte est absolue, contrairement au français qui oscille entre « continuer à » et « continuer de » selon les contextes.
Une autre confusion concerne le participe présent français. En français, le gérondif et le participe présent se forment de la même façon (-ant), mais leurs fonctions divergent. En espagnol, le gérondif (gerundio) est une forme unique qui ne s’accorde jamais, et il ne joue pas le même rôle syntaxique que le participe présent français. Calquer le français sur l’espagnol dans ce domaine produit des erreurs difficiles à identifier.
Pour les verbes en -ir à alternance vocalique, le gérondif présente également une irrégularité : dormir donne durmiendo, pedir donne pidiendo, decir donne diciendo. Ces formes doivent être mémorisées, car elles ne se déduisent pas de la conjugaison régulière.
La maîtrise de seguir + gérondif repose donc sur trois niveaux distincts : la conjugaison irrégulière de l’auxiliaire, la formation correcte du gérondif du verbe principal, et la compréhension de la nuance aspectuelle que cette périphrase exprime par rapport à ses équivalentes proches. Ces trois points font régulièrement défaut ensemble dans les productions d’apprenants de niveau intermédiaire.

