Quand un gamin de la région marseillaise intègre le centre de formation de l’OM, il découvre un environnement où la pression du résultat côtoie les lacunes structurelles. Les témoignages d’anciens joueurs passés par la Commanderie dessinent un tableau contrasté, entre fierté d’avoir porté le maillot blanc et frustrations liées à un accompagnement parfois insuffisant. On fait le point sur ce que ces retours d’expérience révèlent concrètement du quotidien des jeunes formés à l’Olympique de Marseille.
Jérémie Bréchet, passerelle entre formation et groupe pro à l’OM
Un reproche revenait régulièrement chez les anciens du centre : l’absence de lien structuré entre la formation et l’équipe première. Un jeune joueur pouvait passer plusieurs saisons à la Commanderie sans jamais avoir d’interlocuteur clair dans le staff pro. Depuis l’été 2026, Bruno Genesio a confié à Jérémie Bréchet une mission explicite de trait d’union entre la réserve et le groupe professionnel.
Concrètement, Bréchet joue le rôle d’interlocuteur privilégié des jeunes du centre de formation. Selon les retours relayés par La Provence, les joueurs se sentent davantage considérés depuis cette mise en place. On passe d’un système où le passage en pro relevait presque du hasard à un cadre où le dialogue existe réellement entre les deux niveaux.
Ce type d’initiative répond directement aux critiques formulées par d’anciens éducateurs et joueurs qui pointaient un fossé entre le centre et le vestiaire professionnel. La question qui reste ouverte : est-ce que cette passerelle survivra au prochain changement d’entraîneur, ou s’agit-il d’un dispositif lié à la seule volonté de Genesio ?

Réputation du centre de formation de l’OM : ce qu’en disent les anciens
L’article de So Foot titrait sans détour : « À l’OM, la mauvaise réputation du centre prend le dessus sur le prestige du club. » Cette phrase résume un paradoxe que vivent les jeunes formés à Marseille. Le blason attire, mais les conditions de formation font hésiter les familles et les agents.
Garry Bocaly, ancien latéral passé par le centre, a témoigné publiquement du fait que les choses avaient « énormément changé » au fil des années. Son constat rejoint celui de plusieurs anciens : les infrastructures, l’encadrement et la stabilité du projet sportif ont fluctué au gré des directions successives.
L’instabilité comme frein au développement des jeunes
Pierre-Emerick Aubameyang, passé par l’OM en tant que professionnel, a pointé un problème de fond en parlant d’un club qui ne constituait « pas un environnement sain et stable ». Si son propos visait le groupe pro, les anciens du centre de formation décrivent des mécanismes similaires chez les jeunes.
Un éducateur qui change chaque saison, une direction sportive qui redéfinit les priorités tous les deux ans : ces éléments pèsent sur la progression d’un joueur en formation. Les clubs qui produisent régulièrement des professionnels (Lyon, Rennes, Monaco) offrent précisément cette continuité que l’OM a longtemps eu du mal à garantir.
Mehdi Benatia et le travail de Titou Hasni : un virage récent
Mehdi Benatia connaît le centre de formation de l’OM de l’intérieur, pour y avoir été formé avant de devenir dirigeant du club. Dans une interview accordée en août 2026, il a qualifié de « travail monstrueux » les efforts réalisés par Titou Hasni, directeur actuel du centre.
Ce type de reconnaissance publique, venant d’un ancien joueur devenu décideur, tranche avec le discours habituel sur la formation marseillaise. Benatia a exprimé l’espoir de voir davantage de jeunes du centre éclore au niveau professionnel, signe que la direction actuelle mise sur un changement de cap.
Des noms qui rappellent le potentiel du centre
La liste des joueurs formés à l’OM est plus longue qu’on ne le croit. On y trouve des profils très différents :
- Samir Nasri, passé par le centre avant de rejoindre Arsenal puis Manchester City, reste la référence en matière de formation marseillaise au poste de milieu offensif.
- Boubacar Kamara a fait l’intégralité de sa formation à la Commanderie avant d’être transféré à Aston Villa, prouvant que le centre peut encore produire des joueurs de niveau international.
- Maxime Lopez, formé au club, a été l’un des Minots les plus emblématiques de la génération Rudi Garcia avant de poursuivre sa carrière en Italie.
- Mathieu Flamini, moins souvent cité, est pourtant passé par le centre avant de rejoindre Arsenal très jeune.
Ces parcours montrent que le potentiel brut existe à Marseille. Le problème n’a jamais été le vivier, mais la capacité du club à accompagner ses jeunes jusqu’au groupe pro sans les perdre en route.

Loi sport professionnel 2026 : quel impact sur la formation à l’OM
La loi n° 2026-725 du 3 août 2026 relative à l’organisation, la gestion et au financement du sport professionnel introduit de nouvelles obligations en matière de transparence, notamment sur les relations entre clubs, agents et jeunes joueurs en formation.
Pour un centre comme celui de l’OM, cette loi renforce le contrôle sur les intermédiaires qui gravitent autour des jeunes. Les retours d’anciens joueurs mentionnent régulièrement la présence d’agents dès les catégories U14-U16, avec des promesses qui perturbent parfois la concentration sur le terrain.
Le cadre législatif ne règle pas tout, mais il donne aux clubs un levier supplémentaire pour protéger leurs jeunes en formation. On verra dans les prochaines saisons si l’OM s’appuie sur ce nouveau dispositif pour structurer davantage l’accompagnement de ses minots.
Retours d’expérience au centre de l’OM : ce qui a changé et ce qui reste fragile
Les avis des anciens joueurs convergent sur deux points. Le premier : la qualité technique des éducateurs n’a jamais été le problème principal. Le second : la continuité du projet sportif et la gestion humaine des jeunes restent les maillons faibles.
L’arrivée de Bréchet comme passerelle, le travail de Hasni à la direction du centre et l’implication d’un ancien comme Benatia dans les décisions dessinent un nouveau cycle. Les retours varient sur ce point, certains anciens restant sceptiques face aux promesses de changement après des années d’instabilité.
Ce qui distinguera cette période des précédentes, c’est la durée. Un centre de formation ne se transforme pas en une saison. Les joueurs qui en sortiront dans trois ou quatre ans diront si le virage a tenu.

